• James Brown : Discographie

    James Brown : Discographie

  • Avant-Propos

    J'ai longtemps hésité avant de faire une biographie et une discographie sur James Brown , tant le travail est énorme . Il est temps pour moi d'y remédier et pourquoi ne pas l'avoir fait plus tôt ? Tout simplement parce que vu l'ampleur de la tâche , je ne m'en sentais pas capable . Je procéderai par étapes tant il y a matière sur le sujet , donc soyez patient cela va prendre beaucoup de temps .

    Prologue

    Le monde entier attendait peut-être Muscle Shoals , mais jamais il ne vint à l'esprit de James Brown que ce n'était pas sur lui que les yeux du monde étaient fixés . Il en fut intimement convaincu , en tout cas , après 1965 , lorsqu'il atteignit sa vitesse de croisière triomphale , faisant exploser dans un même mouvement les prémices confortables de la Pop Music et quelques-unes des traditions les plus révérées de la Soul Music elle-même . A la différence de la quasi-totalité des autres artistes de la grande communauté de la Soul , qui voyaient en chaque succès d'un artiste Soul le franchissement d'une nouvelle étape et dans chaque pas en avant une avancée pour l'humanité ( Muscle Shoals et Stax ne sont que deux exemples , parmi les plus évidents , du triomphe de l'entreprise coopérative [ voir ma rubrique " Stax - Volt Story " ] ) , James Brown était un franc-tireur qui n'a jamais progressé qu'à la force de ses propres bras . Loin de chercher à négocier un quelconque compromis pour toucher un plus grand public , il demandait que ce même public se tienne bien droit sur son siège et écoute ce qu'il avait à dire . Il est indéniable qu'il s'est montré grossier par son insistance , et on lui en a suffisamment tenu rigueur . Solomon Burke lui refusait purement et simplement le titre même de chanteur de Soul Music , et son propre groupe , composé exclusivement de Noirs , l'appelait en privé " le nègre gominé " , mais personne ne venait le contredire . Bien après que Ray Charles eut laissé derrière lui le petit monde provincial de la Soul et que Sam Cooke eut frôlé les engagements à Las Vegas et le succès hollywoodien , James Brown , leur contemporain , restait seul à l'ouvrage , et chantait une musique originale qui laissa derrière elle , avec le temps , l'idée même d'accommodement comme les vieilles formulations fatiguéesdu Rhythm 'n' Blues . C'est peut-être pour cela que LeRoi Jones l'appela " notre poète noir numéro 1 " et qu'il fut acclamé en 1969 comme le " Noir le plus important d'Amérique " par le magazine Look ( tout en retenant l'attention des leaders du SNCC , Stokely Carmichael et H. Rap Brown ) . Sa musique tendait la main , avec une ferveur révolutionnaire , au public d'une nouvelle génération , composée de Blanc comme de Noirs . Il faisait preuve d'autant de militantisme culturel que n'importe quel manifeste politique des Black Panthers , sans jamais tourner le dos ni à son passé ni à son public d'origine . Car James Brown restait fermement attaché à un certain sens de l'individualité et de la tradition , sens qui échappa parfois à l'Amérique noire elle-même . La façon dont James Brown est parvenu à acquérir une telle conviction et un tel esprit missionnaire reste aussi mystérieuse aujourd'hui qu'en 1964 et 1965 , lorsque sortirent " Out Of Sight " puis " Papa's Got A Brand New Bag " , deux explosions rythmiques parfaitement originales jaillies comme par miracle de l'esprit de leur créateur . Peut-être est-il inutile de chercher à l'expliquer . Peut-être comme le dit souvent James Brown en parlant de lui-même , que cet artiste est une vraie rareté , un original complet , une légende fabriquée de l'intérieur et un capitaliste noir qui , comme c'est le cas dans beaucoup d'autres succès stories , a défini ses propres règles tout au long de sa carrière . Il est en tout cas indéniable qu'en 1965 , il ne paraissait puiser sa motivation qu'en lui-même . Cette même année , il avait gagné une bataille primordiale pour assurer son indépendance vis-à-vis de sa maison de disques : il s'était imposé comme l'attraction numéro 1 du box-office Rhythm 'n' Blues en Amérique , et avait mis sur pied un show itinérant qui réunissait entre trois et quatre douzaines de personnes , dont un orchestre indépendant de dix-huit à vingt musiciens qui lui permettait d'enregistrer dans n'importe quelle ville où il pouvait réserver un studio . Rien de tout cela n'explique vraiment ni le feu ardent qui le pousse en avant , ni la source de sa Différence créatrice , pas plus qu'un examen de son histoire et de ses années d'apprentissage ne permet de comprendre sa percée et le farouche sentiment d'indépendance qui le distingue tant des autres artistes de son temps .

    Biographie

    James Brown est né en 1933 , à Barnwell , en Caroline du Sud . Il était fils unique et n'avait " pas de vraie mère , et un père seulement à l'occasion " . Ses parents se séparèrent quand il avait quatre ans , et peu après son père l'emmena avec lui à Augusta , en Géorgie , à une soixantaine de kilomètres de sa ville natale . C'est là qu'il fut élevé par une succession de tuteurs , dans un taudis loué pour 7 dollars par mois . Petit garçon , il travaillait comme cireur de chaussures , nettoyait des boutiques , ramassait le coton et lavait des voitures , le tout pour aider à payer le loyer . L'un de ses souvenirs les plus vivaces est d'avoir dansé pour les troupes de Camp Gordon pendant qu'elles quittaient la ville en train , il se souvient qu'à neuf ans , il fouillait les poubelles d'un entrepôt de nourriture à la recherche de boîtes de conserve de légumes mises au rebut , et que c'est au même âge qu'on lui acheta ses premiers sous-vêtements neufs . Quand la guerre éclata , son père fut appelé à servir dans la Marine . James Brown déclara au journaliste d'Atlanta Bill King que sans le départ de son père à l'armée , " nous aurons probablement été élevés à peu près comme des barbares " . Les qualités propres à James Brown furent , depuis le début , sa détermination et son insatiable soif de succès . Son père , Joe , gardien de station-service , voulait que James suive ses traces , mais les ambitions de son fils étaient bien plus élevées . Henry Stallings , un de ses camarades de classe et bien plus tard son organisateur émérite de tournée , raconte qu'à la Silas X. Floyd Elementary School , il chantait l'hymne national tous les jours , juste pour qu'on le remarque . " Je le revois venant à l'école pieds nus l'hiver , raconte-t-il à Gerri Hirshey , reporter du Rolling Stone . Mais c'était un petit dur , vous savez . Il ne ronchonnait ni se plaignait jamais , il était déjà à peu près le même qu'aujourd'hui " . " Comme il était petit et toujours en guenilles , on lui cherchait toujours des histoires " , se souvient le chanteur Leon Austin , un autre ami d'enfance , dans un entretien avec le biographe Anglais de James Brown , Cliff White . " Il défendait toujours son territoire , et répondait aux provocations , même si elles provenaient de plus forts que lui . D'une manière ou d'une autre , il était toujours le meilleur en tout . Il avait plus de détermination et de tripes que n'importe lequel d'entre nous " . Il focalisa très tôt ses ambitions sur le monde du spectacle . D'après Henry Stallings , il participait à des concours amateurs de chant et de danse organisés au Lenox Theater , sur la Neuvième Rue , à quelques pâtés de maison de chez lui , et il y obtenait souvent le premier prix . D'après James Brown lui-même : " Mon Chant était fort , puissant et empli d'âme . Les gens le sentaient " . " C'est aussi au Lenox Theater qu'il vit pour la première fois des films de spectacles de Louis Jordan , de courtes séquences qui montraient cet artiste en train de chanter , de danser et de faire le clown . " Caldonia ( une chanson de Louis Jordan ) , était une chanson autour de laquelle tu pouvais vraiment monter tout un spectacle , et je me suis mis à la jouer et à la chanter dès que j'en avais l'occasion " . Il quitta l'école vers l'âge de quinze ans , alors qu'il était en quatrième , se produisit avec plusieurs groupes de Gospel , et monta son propre petit orchestre de Rhythm 'n' Blues , le Cremona Trio , au sein duquel in chantait et jouait du piano et de la batterie . Il commença aussi à s'attirer pas mal d'ennuis . Embarqué avec ses amis dans une vie de petits délits , il fut bientôt , comme il fallait s'y attendre , arrêté pour vol de voiture et condamné , à l'âge de seize ans , à huit à seize ans de travaux forcés . Il accomplit une partie de sa peine dans la prison du comté avant d'être transféré dans une ferme de travail pour mineurs , d'abord à Rome , puis à Toccoa , se forgeant une réputation de musicien ( il raconta à Gerri Hirshey qu'en prison , on l'appelait Music Box ( boîte à musique ) et d'athlète . C'est en tant que lanceur dans l'équipe de base-ball de la prison qu'il fit la connaissance de Bobby Byrd , un gamin de Toccoa un peu plus jeune que lui , auquel il fut opposé lors d'un match local . Bobby Byrd et James Brown se lièrent d'amitié : la famille de Bobby Byrd , connue dans la région , se porta garante pour James Brown et l'aida à trouver un emploi en ville , à la Lawson's Motor Company . 

    James Brown : Biographie 

    Bobby Byrd
    Nous étions en 1952 , et James Brown était toujours tiraillé entre son ambition sportive et son ambition musicale , mais il savait sans équivoque qu'il voulait devenir quelqu'un . Il fut un moment boxeur ( à Augusta , il gravita un moment autour de l'ancien champion des poids légers Beau Jack ) , mais abandonna la carrière par frustration , après avoir été opposé à un autre gaucher lors de son troisième combat . Sa carrière dans le base-ball tourna court lorsqu'il se blessa à la jambe . Il ne lui restait donc plus que la musique . Sans le sou mais ambitieux et pressé de se marier , il se mit à chanter dans les églises , tout d'abord avec la soeur de Bobby Byrd , puis en tant que membre des Gospel Starlighters , un quartet au sein duquel Bobby Byrd assurait le chant solo et jouait du piano dans diverses églises du voisinage . James Brown prit presque aussitôt en charge le groupe , même si celui-ci continuait d'être connu comme " le groupe de Bobby Byrd " . " Sans James Brown , déclare aujourd'hui Bobby Byrd avec un mélange de réalisme et de regret , nous n'étions qu'un groupe parmi tant d'autres . Je veux dire : nou2s étions tous importants , mais c'était lui la star " . C'est à peu près à ce moment que les Gospel Starlighters , comme tant d'autres quartets dans tous le Sud , décidèrent d'abandonner le Gospel pour le Rhythm 'n' Blues . Le groupe ne prenait vraisemblablement pas de grands risques , c'était seulement quelque chose qui était dans l'air , et qui se reflétait dans les chiffres de vente . Johnny Terry , un camarade de maison de redressement , rejoignit alors le groupe , qui resta quelque temps sans nom , avant que ses membres ne décident de l'appeler les Flames , en référence à un populaire groupe local , les Torches .

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    The Flames
    Ils commencèrent par jouer dans des clubs et des centres de loisirs , notamment dans les diverses " fraternities " de l'université de Géorgie ( " Toutes . Je les ai toutes faites . " ) . Ils avaient à présent un manager , Barry Trimier , un entrepreneur local , et , lorsqu'ils ne travaillaient pas , ils essayaient de ne manquer aucun des grands shows donnés au Textile Hall de Greenville , en Caroline du Sud . Leurs groupes favoris étaient les Midnighters , les 5 Royales , les Dominoes ( dont firent partie Clyde McPhatter et Jackie Wilson ) et quelques autres artistes de la Nouvelle Génération ( New Breed ) , fortement influencés par le Gospel , alors en pleine explosion . Le répertoire des Flames , comme le raconta Bobby Byrd à Cliff White , était composé de leurs " hits Rhythm 'n' Blues préférés : le " Baby , Don't Do It " des 5 Royales , le " Annie Had A Baby " des Midnighters , le " Goodnite , Sweetheart " des Spaniels et le " One Mint Julep " des Clovers , bref tous les vieux classiques . Si je me souviens bien , nous n'avons pas joué de chansons originales pendant un bon moment " . Ils se baladèrent ainsi , huit musiciens dans une vieille fourgonnette déglinguée . James Brown arrondissait ses revenus en travaillant comme concierge pour 100 dollars par mois , lorsque Little Richard se produisit , au début de l'année 1955 , au Bill's Rendezvous Club de Toccoa . Little Richard , à cette époque , était déjà connu dans tout le Sud , même s'il n'était pas encore la personnalité d'envergure nationale qu'il allait bientôt devenir . Zenas Sears , DJ à Atlanta , se souvient qu'il faisait aussi outrageusement sensation dans les petits clubs de Géorgie que plus tard sur les grandes scènes nationales . Le disc-jockey de Macon Hamp Swain , qui programmait fréquemment le groupe de Little Richard , affirme que " partout où Little Richard était annoncé , vous pouviez vous attendre à ce qu'il y ait foule dans toute la Géorgie , l'Alabama et la Floride " . Le Bill's Rendezvous était bondé pour la venue de Little Richard lorsque les Flames montèrent sur scène durant un entracte , sans y avoir été invités . Ils provoquèrent un tel tumulte que cela attira d'abord l'attention de Little Richard , puis de son manager de tournée , Fats Gonder . Celui-ci retint le nom du groupe , et en parla à Clint Brantley , manager de Little Richard et pivot de la scène noire de Macon . Clint Brantley encouragea les Flames à venir à Macon ; il les logea au-dessus du club dont il était propriétaire sur Fifth Street , le Two Spot , et les programma dans toute le région de Macon et dans le Nord de la Floride . A l'instigation de Clint Brantley , ils s'appelaient dorénavant les Famous Flames , mais lorsque " Tutti Frutti " perça dans les charts à la fin de l'automne 1955 et Little Richard partit pour la californie , James Brown devint Little Richard pendant plusieurs semaines , ne serait-ce que pour remplir les engagements pris par Clint Brantley , tandis que les Famous Flames assuraient leur propre calendrier de concerts sous la direction de Bobby Byrd . C'est également vers cette époque que le groupe se rendit enfin en studio pour enregistrer le morceau qui allait devenir la clef de voûte de leurs prestations " live " . " Please , Please , Please " dérivait vaguement d'une adaptation par les Orioles en 1952 du vieux titre Blues " Baby Please Don't Go " , mais alors que les Orioles s'en tenaient à une approche traditionnelle de la musique de groupe , les Famous Flames firent du refrain non seulement le thème principal de la chanson , mais aussi pratiquement son seul texte . Ce sentiment d'intensité et de résolution était encore accru par l'effet de la voix de James Brown , toute proche et emplie de sanglots , opposée aux lisses harmonies Gospel des Famous Flames ( c'était , comme le dit plus tard un critique , " comme si Little Richard affrontait les Drfters " ) , tandis que chaque chorus progressait en intensité dans un crescendo d'émotion et de répétitions simples . Big Saul était aux commandes de la station de radio WIBB lorsqu'ils enregistrèrent la démo , tous blottis autour d'un seul microphone . Hamp Swain se mit à la passer sur WBML et Clint Brantley en porta des exemplaires à Don Robey , directeur de Duke Records à Houston , aux frères Chess à Chicago , ainsi qu'à plusieurs autres labels indépendants . De son côté , James Brown la proposait lui-même à l'influent distributeur Gwen Kessler , de chez Southland à Atlanta . C'est ainsi que Ralph Bass , représentant de King Records , vint à l'entendre en Janvier 1956 ( Southland distribuait King Records , de même que tous les autres labels indépendants ) . Il télégraphia à son patron , Syd Nathan , à Cincinnati , qu'il avait trouvé un nouvel artiste qu'il voulait signer sur Federal Records une filiale de King Records . Comment il parvint finalement à signer le groupe est toute une histoire . Don Robey , homme obstiné mais non moins têtu qu'un Clint Brantley sur son propre terrain , avait fait une proposition qui , pensait-il , devait emporter la décision finale , mais que Clint Brantley pouvait encore refuser . Leonard Chess , excité à la perspective de s'essayer à autre chose qu'au Blues de Chicago , et qui venait de se mettre à distribuer Elvis Presley , avait réservé sa place dans un vol pour Atlanta au moment même où Ralph Bass entendait l'enregistrement pour la première fois . Mais un rude orage comme il en éclate souvent en plein milieu de l'hiver bloqua son avion à Chicago , tandis que le grésil et la neige tombaient sur le Sud . Il en fallait cependant plus pour décourager Ralph Bass .

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    Ralph Bass
    D'ores et déjà arrivé à Atlanta , soit à quelques heures de Macon en voiture , il n'allait pas laisser le climat , ni aucune autre force de la nature , l'empêcher de battre Leonard Chess sur le fil . " J'ai roulé jusqu'à Macon , accompagné par un disc-jockey du nom de Joe Howard , en plein orage , sous une pluie torrentielle " , se rappelle Ralph Bass , homme extravagant naturellement doué pour la tchatche , lors d'entretiens avec les écrivains Michael Lydon et Arnold Shaw . Il pleuvait des cordes , et on est partis le chercher sans même savoir où il était . Nous sommes allés dans une station de radio , et quelqu'un nous a dit qu'un homme du nom de Clint Brantley , qui tenait un club à Macon , pouvait nous aider . Comme Macon était une ville appliquant strictement la ségrégation , on m'a dit que je pouvais rencontrer Clint Brantley en garant ma voiture devant la boutique d'un coiffeur située sur la route de la gare ; quelqu'un devait me faire signe d'entrer en montant puis en redescendant les stores vénitiens . Clint Brantley m'a dit : " J'ai à la main un contrat de Leonard Chess , j'attends Leonard Chess " . Et Leonard Chess était dans son avion , bloqué au sol . " J'ai donc donné 200 dollars à ce type et je lui ai demandé s'il voulait signer tout de suite . Il m'a répondu : Tope là . Qu'on appelle tout le groupe pour qu'ils signent les papiers . Je ne connaissais absolument pas James Brown , et je suis allé ce soir-là au club pour assister à son show : il rampait sur le ventre en répétant ' Please , Please , Please ' , il a dû répéter Please pendant à peu près dix minutes " . Le groupe signa son contrat le 23 Janvier 1956 , et entra en studio à Cincinnati le 04 Février , faisant fi de l'opposition farouche de Syd Nathan qui , d'après Ralph Bass , pensait que la bande démo " était de la merde " .

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    Syd Nathan
    C'était l'affrontement de trop entre les deux hommes ( à coup sûr symptomatique de la façon dont Syd Nathan menait ses affaires ) , et Syd Nathan renvoya Ralph Bass . " Il disait que je devais avoir perdu l'esprit pour avoir ramené James Brown de Macon à Cincinnati , et payé son billet . Il m'a dit : ' On dirait que ce type est défoncé sur le disque ! il ne fait que répéter le même mot  ! ' " Quoi qu'il en soit , le disque rentra dans les charts en Avril , tout juste deux mois après " Drown In My Own Tears " de Ray Charles , atteignant la sixième place des hit-parades Rhythm 'n' Blues . Il parvint finalement à être certifié disque d'or , après des années de ventes faibles mais régulières . Même si les premiers pressages du disques créditaient la chanson aux Famous Flames , et que c'était un groupe , et non un individu , qu'avait signé Ralph Bass , il devint rapidement évident qu'un seul homme portait toute la responsabilité du succès , et les programmes de concerts furent changés en conséquence . A partir de ce moment , on annonça " James Brown & The Famous Flames " , tant sur les disques qu'en concert , et " le groupe de Bobby Byrd " fut relégué au second plan , sur les billets comme dans les mémoires . Curieusement , King Records se montra incapable de capitaliser le succès des disques de James Brown , même si l'on aurait pu croire que le label était déjà en possession d'une véritable formule à créer des hits .

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    Les studios King Records
    Créé en 1945 par Syd Nathan , un vétéran du commerce de meubles , King Records avait , quasiment depuis le début , suivi deux chemins parallèles , celui de la Country & Western et celui du Rhythm 'n' Blues , appliquant déjà sa propre politique d'intégration musicale , bien avant que le terme " Rock & Roll " ne passe dans le langage courant . Quelques-uns de ses plus gros succès dans les hit-parades " raciaux " consistaient en morceaux Hillbilly interprétés par des artistes Rhythm 'n' Blues ( " Bloodshot Eyes " , par Wynonie Harris en est un bon exemple ) , et Syd Nathan s'empressa d'imposer la sensibilité Rhythm 'n' Blues sur ses titres Hillbilly ( le " Blues , Stay Away From Me " des Delmore Brothers , point culminant de la mode du " Hillbilly Boogie " , naquit lorsque Syd Nathan dit à Alton et Rabon Delmore qu'il voulait un " Hucklebuck " ( titre d'un succès de Paul Williams & The Hucklebuckers en 1946 . Ce morceau , instrumental Jazzy emmené par un turbulent saxophone ténor , est resté plusieurs mois en tête des charts Rhythm 'n' Blues où il détrôna le " Boogie Chillum " John Lee Hooker . Il a créé une véritable mode sur les pistes de danses , et fut extrêmement populaire dans la communauté noire au début des années 50 ) façon " Hillbilly " et leur assigna alors comme arrangeur son directeur artistique noir , Henry Glover , un ancien de l'excellent orchestre de Lucky Millinder ) . Syd Nathan , un homme brutal aux manières cinglantes qui ne fut jamais réputé pour sa générosité financière ni pour sa sensibilité , faisaient partie de ces pionniers de l'enregistrement qui , selon les termes de Jerry Wexler , " faisait passer le travail avant tout " ; il était le producteur par défaut de toutes ses sessions , parce que c'était lui qui payait les factures , et il avait apparemment dans l'idée d'installer solidement James Brown dans un courant Rhythm 'n' Blues grand public , selon la méthode éprouvée qui avait valu à King Records de connaître de grands succès avec Hank Ballard & The Midnighters , Little Willie John , The "5" Royales , et Billy Ward & The Dominoes .

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    Hank Ballard & Syd Nathan

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    Billy Ward & The Dominoes
    James Brown avait peut-être la même idée derrière la tête . Quoi qu'il en soit , le résultat fut , après un premier disque original , une série quelque peu confuse de disques dépourvus de personnalité : Jump Blues , ballades bardées de triolets , imitations glapissantes de Little Richard , le tout n'obtenant que de faibles ventes . Pour James Brown , ce fut une véritable période de formation . Il poursuivit ses tournées , développant son spectacle , dont les bases restaient fidèles à celles du concert auquel avaient assisté Ralph Bass et Clint Brantley à Milledgeville , Géorgie , agrémentés de quelques raffinements . Lorsque , à l'automne 1957 , Little Richard quitta le monde du Rock & Roll pour se consacrer au pastorat , ce fut une nouvelle fois James Brown qui assura les concerts déjà programmés , cette fois sous son propre nom , et il en profita pour récupérer les reliquats du groupe de Little Richard , les Upsetters ( rien à voir avec le groupe Jamaïcain ) , et pour engager ses choristes ,  The Dominions , comme renfort aux Flames . Phil et Alan Walden , alors respectivement au lycée et au collège , se rappellent avoir vu James Brown arpenter les rues de Macon au volant de sa vieille camionnette cabossée pour annoncer le lieu de son prochain spectacle , et Zenas Sears se souvient qu'il venait à Atlanta sans cesse . " Son show a toujours été nickel . Son orchestre a toujours été nickel , mais James Brown avait , bien entendu un redoutable problème d'ego . Depuis toujours . Je me rappelle d'une fois où on s'est produits à Newark... je m'en souviens très bien , car tout le monde là-bas , sans exception , pensait que j'étais Noir . Tu vois , les applaudissements fusaient quand on m'a présenté , et lorsque je suis monté sur scène et que je me suis approché du micro , le silence s'est fait d'un coup . C'était terrifiant . Chuck Willis et James Brown sont montés sur scène pour dire que j'étais un type bien , puis sont immédiatement retournés en coulisses se disputer pour savoir qui allait passer en dernier . Tout le monde voulait passer en dernier . Ray Charles faisait partie du spectacle , mais son dernier petit hit datait déjà d'un bon moment , il ne faisait pas le poids . J'ai dit : " C'est à Roy Hamilton de terminer le spectacle . Il est en tête des hit-parades , et il est né dans le New Jersey " . Mais James Brown a insisté tant et plus , et finalement on l'a mis en dernier avant l'entracte , la deuxième meilleure place dans le spectacle . Et pour terminer son show en fanfare , il a sauté du balcon pensant ainsi les écraser tous . C'est alors que j'ai compris que c'était un " egomaniaque " , et on est amis depuis ce jour ! " . " Ma première rencontre avec James Brown date de 1956 " , raconte Joe Tex , alors artiste du label King Records et l'un des rares showman par qui James Brown reconnaît avoir été influencé ( Joe Tex avait inventé un petit jeu avec le microphone que James Brown adopta pour son spectacle : il possédait également le même petit jeu de jambes qu'on admira plus tard chez James Brown , et qui remontait dans les deux cas à l'époque où , enfants , ils dansaient dans les rues pour gagner quelques pièces ) . " Je me souviens de la date , parce que je chantais sa chanson " Please , Please , Please " depuis sa sortie . Je l'avais aimée à la première écoute . J'ai fait partie du même spectacle que lui au City Auditorium de Macon , et je me souviens que lorsque je suis arrivé devant le théâtre , il est sorti pour se présenter . Il m'a dit qui il était , et qu'entre lui et moi , ce soir , ça allait être une bataille du Blues . J'ai dis : Ah oui ? il a ajouté : ouais . Faut rameuter le peuple . Il voulait que je le suive à la station de radio locale pour une interview . Alors on a fait tous les deux beaucoup de publicité pour le concert sur l'antenne et tout ça . Ce soir là , lors du concert , je suis passé en premier et je n'ai pas changé mes habitudes . Avant ce spectacle , j'avais déjà joué deux ou trois fois dans un petit club de Macon , et les gens m'avaient déjà vu chanter ma version de " Please , Please , Please " . Alors ils me l'ont réclamée , et j'ai répondu : Non je ne peux pas la chanter , car , vous le savez , celui qui a fait ce disque est au programme ce soir . Ils continuaient : Chante-la ! chante la ! on veut t'entendre la chanter ! Alors je me suis décidé à en chanter un petit bout , mais , tu sais , c'était son orchestre qui m'accompagnait , et même s'ils acceptaient de jouer pour moi , ils travaillaient toujours pour James Brown et il savaient comment il était . Ensuite ce fut à son tour . Il devait avoir prévu une dizaine de costumes différents, et toutes les dix ou quinze minutes , il quittait la scène pour se changer . Pendant ce temps , l'orchestre continuait à bosser , les Flames dansaient et chantaient des harmonies , et lui , il était derrière à se changer , il essayait de créer encore un peu plus d'action , de gagner un peu plus de spectateurs à sa cause . Ce genre de chose ne m'a jamais passionné " .

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    Scoey Mitchell , de l'Apollo Theatre , a déclaré à l'écrivain Ted Fox : " James Brown m'a dit un jour q'il savait que ses spectacles n'auraient jamais vraiment de classe , mais qu'il allait devenir le plus grand rock'n' roller de tous les temps . Et il avait raison " . Idée que l'on retrouve dans un entretien de son ami d'enfance Leon Austin avec Gerri Hirshey : " Il ne montait pas sur scène pour être cool . Et il n'allait pas porter des jolis costumes qu'il ne fallait surtout pas salir . Il allait se rouler dans la boue . Il allait danser , faire le grand écart , amocher ses genoux . Ou bien il allait crier si fort qu'il serait incapable de chanter le lendemain soir , mais il s'en fichait " . Ses concerts lui gagnèrent la fidélité d'un public considérable . Ce public lui était propre , il venait pour sa réputation d'interprète scénique , non en raison de ses disques . Or , même en se produisant sans arrêt , il lui était difficile de rémunérer un groupe . Découragés , les Flames se séparèrent en Avril 1957 et James Brown continua à chanter en solo un certain temps . Dans l'intervalle , son déficit en termes de ventes de disques fit perdre à Syd Nathan le peu de foi qu'il avait encore en lui . En fait , Syd Nathan était sur le point de rendre à James Brown sa liberté lorsque celui-ci , alors en concert aux célèbres Palms Of Hallandale , en Floride , se présenta avec une chanson dont il avait enregistré une maquette avec son propre argent et celui de Clint Brantley . L'objectif était de convaincre Syd Nathan de laisser sa star d'un jour retourner en studio . Cette chanson , c'était " Try Me " , une classique supplique aux allures de Gospel , qui rappelait assez " Please , Please , Please " tant par sa forme ( traditionnelle ) que par les sentiments exprimés ( une étrange combinaison de solidité mentale et de vulnérabilité émotionnelle ) . L'influence du Doo-Woop était encore sensible , mais avec cette juxtaposition ininterrompue du ténor douloureux de James Brown et de la toile de fond que constituaient les voix doucement hypnotiques des Famous Flames : c'était du Doo-Woop qui aurait étrangement mal tourné . Le 18 Septembre 1958 , après près d'un an d'absence , James Brown retournait en studio pour enregistrer quatre titres sous la surveillance du directeur artistique de King Records , Andy Gibson , en personne . En Décembre , " Try Me " était No 1 des charts Rhythm 'n' Blues et avait même atteint le Top 50 Pop . Sur la lancée de ce hit , James Brown fit ses débuts à New York , à l'Apollo Theatre , où il apparut au bas d'une affiche dominée par Little Willie John et les acteurs de music-hall Butterbeans & Susie .

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    The Apollo Theater
    Il joua ensuite au Howard , au Royal et à l'Uptown de Philadelphie , il laissait enfin , apparemment , derrière lui l'époque des vaches maigres , pour se produire sur ce circuit Rhythm 'n' Blues dont il rêvait depuis si longtemps . Son passage à l'Uptown lui remit brusquement les pieds sur terre : il y partageait l'affiche avec un groupe nommé les Vibrations , dont le numéro était particulièrement au point . " Ils nous ont mangés tout cru " , se souvient le Famous Flame Bobby Byrd , qui avait rejoint James Brown un peu avant le succès de son dernier disque . " C'était la première fois qu'on se faisait battre à notre propre jeu ; ils avaient peaufiné leur spectacle . Après nos concerts dans le Sud , ils nous ont donné une bonne leçon " . Aux bénéfices retirés de cette leçon vinrent s'ajouter les fruits de la collaboration , renouvelée juste avant le concert à l'Apollo Theatre , avec le tourneur Ben Bart . James Brown avait été présenté à celui-ci par Hank Ballard , et avait fait quelques dates pour lui sur la lancée de " Please , Please , Please " , mais il fallut attendre le succès de " Try Me " pour que Ben Bart , président de Universal Attractions , l'une des principales agences d'organisationde spectacles Rhythm 'n' Blues de la région , soit réellement en mesure de faire quelque chose pour lui . Ben Bart , vieille figure du business et qui s'était occupé de stars de l'envergure de Dinah Washington et Billy Eckstine à l'époque où il travaillait pour la Gale Agency .

    James Brown : Biographie

    Ben Bart et James Brown
    Il était de la race de ces agents-managers ( à l'instar d'un Jimmy Evans ) qui avaient la mainmise sur un marché du Rhythm 'n' Blues qui , tout comme la boxe , était alors contrôlé par un petit groupe d'hommes qui concentraient tous les pouvoirs . Selon Zenas Sears , c'est Ben Bart qui a fait James Brown , tout comme Jimmy Evans a fait Wilson Pickett . " Ben Bart a inventé James Brown , sans rire ! C'était un mentor , au sens premier du terme : il a appris à James Brown la discipline , que ce soit au quotidien ou sur scène , tout en s'occupant de toutes les questions d'argent . Il l'a foncièrement créé . Il a fait James Brown " . James Brown , à l'inverse , explique à Cliff White qu'à cette époque : " Je commençais à ressentir différemment les choses . Mes yeux commençaient à s'ouvrir . Tant que j'ai vécu dans le Sud , j'enregistrais d'autres sortes de chansons , mais dès la minute où j'ai commencé à voir les choses différemment et que mon cerveau s'est mis à capter de nouvelles idées et de nouvelles pensées , je suis devenu un citadin dans l'âme " . Les chansons qu'il enregistra durant les dix-huit mois suivants diffèrent sans doute de ses disques précédents , mais ne marquaient pas non plus l'arrivée d'une nouvelle force musicale révolutionnaire . Une fois encore , il fallut attendre une bonne année pour que James Brown retrouve le Top 10 , avec la reprise d'un hit de 1957 dont la version originale était due aux "5" Royales . Mais entre-temps , tout comme Ray Charles avant lui , James Brown avait formé son propre orchestre , s'était attaché sa propre équipe de tournée , et avait acquis un inébranlable sens identitaire qui ne devait jamais plus le quitter , quelles que soient les mutations stylistiques dont témoigne sa carrière . Il rencontra ses musiciens à Burlington , en Caroline du Nord , où ils travaillaient pour le saxophoniste J.C. Davis , et ils devinrent vite , avec plusieurs ex-Upsetters , une composante fondamentale du "son" James Brown . Le groupe joua également un rôle clef dans la carrière de James Brown en lui permettant de développer son propre sens du spectaculaire et du théâtral ; il pouvait satisfaire toujours d'avantage son ambition proclamée d'épuiser le public autant que lui-même , " leur donner plus qu'ils ne sont venus chercher . Les fatiguer . Parce que c'est ça qu'ils sont venus chercher " . Le groupe lui permit aussi , comme le souligne Cliff White , de se produire partout où l'espace était suffisant ( sans dépendre des formations locales qui devaient être capables de jouer ses standards à la note près ) , et de continuer à accroître son public quelles que soient les ventes de ses disques . " Ses concerts dans les salles des ghettos , écrit Cliff White , gagnèrent à sa cause un public fidèle dans les villes du Nord , issu de la dernière génération d'émigrants noirs du Sud , mais son territoire de prédilection était toujours le Sud . Et ce fut dans le Sud rural des dancings , des armureries et des sols stériles où un concert signifiait une soirée entière de distractions , que la légendaire James Brown Revue parvint peu à peu à la perfection . C'était aussi pendant ces tournées itinérantes dans le Sud que Ben Bart était le mieux à même de co-promouvoir les concerts auprès des DJ locaux . Il leur offrait un pourcentage des recettes , s'assurant ainsi non seulement une publicité suffisante pour chaque concert , mais , plus important encore sur le long terme , établissant un réseau de sympathisants dans les stations de radio dont il pouvait être sur qu'ils passeraient n'importe quel nouveau disque de James Brown " . En 1959 , James Brown produisit deux instrumentaux décousus interprétés par son groupe ( et crédités à James Davis , et non à James Brown ) , qui ne rencontrèrent aucun écho . Plus tard dans l'année , il pressa Syd Nathan de permettre au groupe d'enregistrer à nouveau , mais Syd Nathan refusa . Sans se démonter , James Brown emmena le groupe chez Henry Stone , le distributeur de King Records à Miami ( d'Atlantic Records , et de tous les autres labels indépendants du Rhythm 'n' Blues ) , qui avait , dès le début , encouragé la carrière de James Brown . Henry Stone sortit sur son propre label Dade Records , un single crédité à Nat Kendrick ( le batteur de James Brown ) & The Swans . " Do The Mashed Potatoes " , un pilier des concerts de James Brown et l'occasion pour lui d'exhiber ses pas de danses et ses prouesses physiques de plus en plus tapageuses , atteignit la huitième place des charts Rhythm 'n' Blues , et ce fut sans doute la dernière fois avant plusieurs années que Syd Nathan repoussa une demande de James Brown .

    James Brown : Biographie

    King Records
    Pendant ce temps , James Brown avait trouvé une nouvelle manière de clôturer en fanfare son show , cette fois empruntée au monde du catch professionnel . Comme c'était le cas depuis le début de sa carrière , " Please , Please , Please " était le point culminant du spectacle . " [ Parfois ] , je chantais " Please , Please , Please " pendant 35 ou 40 minutes , et [ un jour ] je suis sorti de scène et ils m'ont entouré d'une serviette , je chantais si fort et je transpirais tellement ! Je suis remonté sur scène en gardant la serviette sur moi , et je me suis mis à chanter à nouveau . Je me sentais vraiment bien , tu sais , comme un souffle divin qui monte en toi , je me suis mis à chanter , j'ai rejeté la serviette et je me suis mis à chanter jusqu'à ce qu'on me fasse descendre de scène . Puis je suis encore remonté sur scène pour chanter . Et j'ai pensé au spectacle que donnait le lutteur Gorgeous George avec ses capes sur le ring , et je me suis dit que j'allais me faire quelques magnifiques capes et que j'allais utiliser le même truc que lui " .     

    James Brown : Biographie

    Ainsi fit il . Et cela devint la marque déposée de ses spectacles , la mise en scène rituelle de la chute et de la rédemption dans laquelle un James Brown fatigué , assailli par les soucis , les problèmes et les malheurs du monde , s'écroulait sous le poids de son fardeau , puis parvenait finalement à trouver la force de continuer . Partout où il allait , les foules se déchaînaient , et au moment où il commença à disposer d'un temps consistant de passage sur les ondes ( tous ses disques à partir de 1960 et pendant les dix-sept années suivantes furent classés dans les charts , à des places variables ) , on aurait bien dit que le travail harassant qu'il avait accompli durant les quatre années précédentes payait enfin . Au milieu de l'année 1960 , King Records sortit l'avant-dernier 45 tours de James Brown sur la filiale Federal  Records ( les disques suivants sortiront chez King Records proprement dit ) . Les deux titres furent des succès , et la face B , " You've Got The Power " , un de ces bons vieux cris du coeur langoureux , possédait le même feeling brut qui avait bouleversé jadis l'église de Toccoa . " You've Got The Power " grimpa jusqu'à la quatorzième place des charts Rhythm 'n' Blues , mais ce fut " Think " , une relecture radicale du vieux hit des "5" Royales , qui explosa dans les charts et imposa , à cette occasion , la nouvelle manière vocale de James Brown . Chanté à toute vitesse , soutenu par les encouragements vocaux cinglants des Famous Flames , équivalents sonores de leurs pas de danse précis , " Think " incarnait une approche musicale parfaitement originale : non seulement la chanson , mais sa structure même , se trouvaient entièrement bouleversées , et ce Blues Shuffle classique était , tant rythmiquement que mélodiquement , transformé du tout au tout . C'était en un sens , à n'en pas douter , un hommage aux "5" Royales , que James Brown admirait depuis longtemps , mais , plus profondément ( pour citer Cliff White ) " le passage à un autre niveau de conscience que celui où se trouvaient les "5" Royales et leurs contemporains : tout d'un coup , le Rhythm 'n' Blues des années 50 appartenait au passé , et James Brown à l'avenir " . La transformation qui devait faire passer James Brown du statut de chanteur à la petite semaine à celui de puissance musicale originale sur laquelle il fallait compter fut achevée deux ans plus tard lorsqu'il fut une semaine entière tête d'affiche à l'Apollo Theatre . Son orchestre s'était modifié , en partie à cause de changements de personnel , mais également parce qu'il était devenu , en observant une discipline stricte ( les musiciens étaient mis à l'amende quand ils arrivaient en retard , ne soignaient pas assez leur apparence , laissaient échapper le tempo ou se risquaient à une fausse note ; les stimulants , sous toutes leurs formes , étaient expressément interdits pendant les heures de travail ) , un véritable mécanisme de précision ( notre Claude François se comportait aussi comme cela ) . Le spectacle tout entier était calculé au millimètre près , des longues plages d'ennui jusqu'aux flashes chaotiques d'excitation , afin de mettre en valeur le dynamisme explosif de James Brown . A présent , sa légende le précédait où qu'il aille . Quand les autres se contentaient de titres de noblesse ( Count , Duke , Bishop , King ) , James Brown tirait sa fierté de ce qu'il y avait de plus banal en lui ( son ami d'enfance Leon Austin déclara au journaliste Gerri Hirshey , en parlant explicitement des implications raciales de son succès d' " homme de couleur " , qu'il " avait rendu sa dignité au laideron " ) , et son principal titre de gloire , " The Hardest Working Man In Show Business " ( " le plus gros travailleur du show business " ) , faisait référence à une qualité accessible au plus humble de ses admirateurs . Il lui est arrivé de faire distribuer des bols de soupe et de café au public qui faisait la queue pour acheter des tickets pour ses conserts à l'Apollo Theatre . Il reconnaissait en effet que le succès de James Brown , tant pour son public que pour lui-même , était une affaire de foi et d'engagement : " J'attache beaucoup d'importance au fait que des gens soient prêts à attendre des heures pour voir mon spectacle " . Une de ses communications publicitaires faisait référence à une période où il avait enchaîné vingt-huit engagements en ne prenant que deux ou trois jours de repos , annonçait ceci : " En un mois , il distribue 5000 photos dédicacées et 1000 paires de boutons de manchettes , porte 120 chemises fraîchement repassées et plus de 80 paires de chaussures, change 150 fois de costume de scène , et passe près de 80 heures sur scène , à chanter , à danser , et aussi à jouer au moins 960 chansons sur un ou plusieurs instruments parmi les huit qu'il maîtrise . Il est autant songwriter qu'arrangeur ou chorégraphe , et dessine ses costumes ainsi que ceux de toute son équipe [ qui , en 1962 , regroupait au moins 24 personnes ] . James Brown prenait vraisemblablement au sérieux ses responsabilités d'artiste . James Brown et Ben Bart étaient , eux , clairement persuadés qu'il était temps  de rentabiliser tant la légende que l'excitation née des performances scéniques de James Brown . Quoi de plus logique q'un enregistrement Live , à l'instar de l'historique " Ray Charles In Person " enregistré à Atlanta en 1959 ? Mais cela ne devrait peut-être plus surprendre personne : Syd Nathan ne voyait pas les choses de cette façon . I l était dans le business du single ; les albums de Rhythm 'n' Blues ne se vendaient pas , ou bien n'étaient le plus souvent que des compilations de singles arbitrairement composés . Des sept albums sortis par James Brown à ce jour , aucun ne s'était vendu à plus de 5.000 ou 10.000 exemplaires , et Syd Nathan avare notoire qui avait refusé d'acheter les droits de " Tennessee Waltz " , qui se révéla finalement l'un des copyrights les plus rentables de l'histoire de la Country Music , parce que ses auteurs en demandaient 50 dollars ( " Aucune chanson au monde ne vaut 50 dollars " ) , refusa fermement de débourser le moindre centime d'avance pour un enregistrement Live . James Brown et Ben Bart ne s'avouèrent pas vaincus . Ce n'était pas la première fois que James Brown investissait ses propres deniers pour prouver qu'il avait foi en lui-même et en son jugement ( " Si personne ne l'aimait , lui s'aimerait quand même " , déclarera Leon Austin ) ; il ne devait son succès qu'à lui-même , et n'allait pas laisser l'obstination de Syd Nathan lui barrer à présent la route . Lui et Ben Bart réunirent près de 6.000 dollars et enregistrèrent le concert nocturne donné à l'Apollo Theatre le Mercredi 24 Octobre 1962 .

    James Brown : Biographie

    Le résultat fut un tournant commercial et artistique dans l'histoire de James Brown et de la Soul Music . D'un point de vue commercial , l'évidence était accablante . " Live At The Apollo " entra dans les charts Pop le 29 Juin 1963 , soit plusieurs mois après sa mise sur le marché . Il resta classé plus de quatorze mois , atteignant la deuxième place et finissant l'année à la trente-deuxième place , succès quasiment sans précédent pour un album de pur Rhythm 'n' Blues ( et il ne fait aucun doute qu'il s'agissait de pur Rhythm 'n' Blues ) . Il conféra également une fois pour toutes à James Brown un statut non seulement d'artiste Rhythm 'n' Blues de premier plan au box-office , mais aussi d'interprète au potentiel de succès " Croosover " encore inexploité , sans même avoir à frelater sa production ( souvenez- vous : c'était le temps où Ray Charles se faisait un nom avec des adaptations baignées de cordes de standards Country & Western ) . Alan Leeds , un natif de Pittsburgh qui travaillera plus tard pour James Brown , s'est décrit lui-même comme un étudiant blanc en fac à Richmond , en Virginie , découvrant à ce moment-là James Brown . " L'impact du LP enregistré à l'Apollo Theatre fut étonnant . Sur les demandes répétées de ses auditeurs , [ la station de radio noire ] WANT réservait une demi-heure tous les soirs à 17 heures pour passer l'album en entier , et ce genre de chose se répétait dans toutes les stations noires du pays . On aurait dit qu'il suffisait de mettre la radio à la même heure tous les jours , semaine après semaine , pour tomber sur un show " Live " de James Brown . Il a fallu du temps pour que les ventes décollent vraiment , mais , peu à peu , de plus en plus de jeunes Noirs se sont mis à l'acheter , pour beaucoup , c'était le premier LP qu'ils achetaient de leur vie , c'était un de ces trucs à la mode que tout le monde se devait d'avoir . Parallèlement , sans que l'album ne soit joué sur la plupart des radios Pop , le bruit commençait à se répandre parmi les clients blancs : on parlait d'un disque incroyable que venait de sortir un type dont aucun d'entre eux n'avait vraiment entendu parler . Quand les blancs se sont mis eux aussi à l'acheter , le disque a vraiment décollé " . D'un point de vue esthétique , l'impact de cette âpre tranche de vie fut tout aussi dévastateur . Je ne pense pas le surévaluer en le comparant à l'apparition du néo-réalisme Italien au cinéma , lorsqu'en redécouvrant la poésie du quotidien , on eut besoin d'un nouveau vocabulaire , et d'une nouvelle esthétique pour remplacer l'ancienne . Le " nouveau vocabulaire " de James Brown , tout comme celui des réalisateurs Italiens fondé sur une nouvelle appréciation de la beauté familière , bouleversa le paysage du Rhythm 'n' Blues . Tout d'un coup , la façon de se présenter d'un Ray Charles apparaissait cérémonieuse et surannée , " classique " si vous voulez , avec son orchestre de musiciens formés à lire la musique et ses partitions pour big-bands . Au contraire , le " Live At The Apollo " de James Brown jouait à fond la carte de l'environnement interlope et brûlant , du cadrage farouchement serré autour de l'artiste et des improvisations désinvoltes propres aux performances Live , des incantations magiques et d'une atmosphère emplie d'exhortations proche de celle d'une église . Comme par miracle , tout est là , sur l'enregistrement . Non seulement les accessoires , la sempiternelle introduction ( " So now , ladies and gentlemen , it's startime, are you ready for startime ? " Et maintenant , mesdames et messieurs , place au spectacle ! Vous êtes prêts ? ) et la conclusion rituelle , l'étalage de hits et les habituelles réactions frénétiques , mais la tension proprement dite , cet espace indéfinissable qui se grave si rarement dans la cire . Une des raisons pour laquelle la magie opère ici ( et bien qu'on ne la retrouve pas aussi nettement dans les trois autres albums Live enregistrés par James Brown à son apogée ) est le sens qu'avait James Brown du rythme d'un spectacle : les moments précis des montées et des descentes de l'action ; l'utilisation dans son chant de techniques dramatiques telles que les gémissements , les plaintes , les cris et les soupirs , le pas fait en arrière pour s'éloigner du micro puis s'en rapprocher dans une explosion d'énergie , bref tous les trucs de showman qui lui permettent non seulement de mettre dans sa poche le public de l'Apollo Theatre , mais également de dresser un portrait vraisemblable de lui-même , comme dans les meilleurs romans , en acceptant comme nécessaires les artifices dramatiques . Tous ces moments où il incite le public à imaginer , et à provoquer , la suite de l'action font partie des plus surprenantes facettes du " Live At The Apollo " , et je pense que cela suffit à prouver indiscutablement le savoir-faire de James Brown . Des moments comme ceux-ci parsèment tout l'album , mais avec plus de force dramatique encore dans le morceau central , sans conteste le chef-d'oeuvre du disque , le mémorable " Lost Someone " . On peut trouver résumé ici , dans ce morceau qui fait le lien entre les deux faces de l'album ( un fondu termine la face A , un autre ouvre la face B ) , toute l'histoire de la Soul Music : la harangue , le prêche , la panoplie sans fin d'effets tirés du Gospel , et par-dessus tout le Groove qui était au coeur de cette musique .

    James Brown : Biographie

    A sa manière caustique et vulnérable , James Brown se lance dans un long plaidoyer : " Don't Go To Strangers... Come on home to me... Gee whiz I love you... I'm so weak " ( " Ne vas pas voir des étrangers... Rentre à la maison , je t'attends... Mon Dieu comme je t'aime... Je suis si faible . " ) . Il répéte inlassablement ces simples phrases , insiste un peu plus sur " I'll love you tomorrow " ( " Demain , je t'aimerai " ) jusqu'à ce que la musique vous berce d'une pulsation régulière , jusqu'à ce que la musique vous saisisse au plus profond de votre estomac ; et James Brown sait qu'il vous tient à sa merci . Alors il se met à travailler le public comme il travaille la chanson : au corps . Il l'excite , le séduit , l'attire au plus près de lui , s'éloigne en dansant , jusqu'à ce qu'enfin , à la fin de la face A , une voix s'éléve à travers , le brouhaha de la foule et fasse retomber la tension en s'écriant : " James , you're an asshole . " ( " James t'es un trouduc . " ) " I believe someone out there loves someone " ( Je crois qu'il y a la-bas une personne qui en aime une autre " ) , réplique James Brown avec une cruelle maladresse . " Yeah , you ! " ( "Oui , Toi ! " ) , répond une voix de fille emplie d'une ferveur inébranlable . " I feel so good  I want to scream " ( " Je me sens tellement bien que j'ai envie de crier " ) , dit James Brown , testant une nouvelle fois ses limites . " Scream ! " ( " Crie ! " ) , hurle quelqu'un . Et en écoutant l'enregistrement , nous nous laissons prendre par les mêmes ruses , pourtant si transparentes à la lumière du jour , mais qui espèrent avec la même ferveur inébranlable que celle avec laquelle la jeune fille du public offr son amour . C'est sans conteste un morceau de bravoure , et cet album est peut-être l'album non-Gospel le plus apocalyptique jamais enregistré . Aussi exceptionnel qu'ait été son impact sur son public , il semble cependant avoir eu un effet au moins aussi important sur l'artiste lui-même . Pour le meilleur ou pour le pire ( et dans le cas présent pour le meilleur ET pour le pire ) . James Brown se reposait entièrement sur sa propre vision et sa propre détermination , se fermant aux vues du monde extérieur . A peine deux mois après avoir enregistré le " Live At The Apollo " , James Brown faisait à nouveau volte-face en entrant en studio pour graver le vieux standard " Prisoner Of Love " , signé Russ Columbo , Perry Como , Billy Eckstine , accompagné d'une section de onze cordes et de neuf voix sirupeuses . Le single monta à la dix-huitième place des charts Pop : ce fut à la fois le premier Top 20 Pop de James Brown et son premier single à toucher officiellement tous les publics de manière significative . Au même moment , il créait avec Ben Bart sa propre maison d'édition de chansons , Jim Jam Music , ainsi qu'un label , Try Me Records qui devait être distribué par King Records , et sortait en 1963 des singles de Johnny & Hill ( Johnny Terry était un ancien camarade de classe de James Brown à la Juvenile Training Institute à Rome , et Bill Hollings un vétéran de la James Brown Revue ) , de Tammi Montgomery ( plus tard mieux connue sous le nom de Tammi Terrell ) , et des Poets , dénomination plutôt élégante pour désigner le groupe de bûcherons de James Brown , présenté ici dans un surprenant conteste sobre et Jazzy . Il est peut-être moins surprenant de constater que le label n'obtint pas le soutien que James Brown avait pensé mériter de la part de King Records et après avoir enregistré un nouvel album " Live " au Baltimore's Royal Theatre à l'automne 1963 ( ce disque contient l'un de ses derniers , et meilleurs , essais dans la veine Gospel , " Oh Baby Don't You Weep " , en fait , assez ironiquement , un enregistrement studio sur lequel on rajouta les réactions d'un public ) , James Brown révéla une nouvelle fois au grand jour sa soif inextinguible de liberté en quittant King Records . Il était alors encore sous contrat avec Syd Nathan et ne se préoccupait apparemment pas beaucoup des conséquences légales . Se déclarant de lui-même libre en raison d'un point de détail , il signa avec Smash Records ( une division de Mercury Records ) à Chicago . Les détails des négociations qui eurent lieu à ce moment-là sont encore assez mystérieux , mais en gros , disons que ce fut une guerre ouverte pour le pouvoir et le contrôle d'une carrière qui en 1963 affichait un bénéfice de 450.000 dollars pour les seuls concerts , somme sans doute doublée par le produit des ventes de disques . Du point de vue de King Records , ce succès était tel qu'il dépassait toutes les espérances et les rêves imaginables : James Brown vendait plus de disques que n'importe quel autre artiste de l'histoire de King Records ; il avait été désigné chanteur de Rhythm 'n' Blues n° 1 par un référendum national auprès des disc-jockeys , et jouissait d'un prestige inégalé aux yeux de la communauté noire , ce qui lui promettait des ventes soutenues pour les années à venir . Pour sa part , James Brown se rangeait d'emblée auprès des trois B et du M ( Bach , Beethoven , Brahms et Mantovani ) , et n'acceptait d'autre limite que celle de son ambition et de son assurance ( " Je puise ma force dans une abnégation sans faille , répéta-t'il tout au long de sa carrière . Parfois , je regarde en arrière et je me demande comment un seul homme peut accomplir tout ce que j'ai accompli " ) ; il ne voyait dans sa réussite présente qu'une minuscule portion de ce qu'il commençait à percevoir comme son destin : 450.000 dollars n'étaient pour lui qu'un salaire de misère comparé à tout ce qui lui était dû . James Brown et Ben Bart s'investirent pleinement et sans hésitation dans cette nouvelle entreprise , sortant trois productions assurées par James Brown pour d'autres artistes avant que lui-même n'entre en studio au début de l'année 1964 sous les auspices de la toute jeune Fair Deal Production Company . Son premier single pour Smash Records , une version pour big-band du classique " Caldonia " de Louis Jordan , fut mis en vente à la fin du mois de Mars ; son deuxième single était une nouvelle reprise impersonnelle , en l'occurrence un Blues de Guitar Slum , " The Things That I Used To Do " ( Ray Charles avait joué du piano sur la version originale ) , qui , comme son prédécesseur , n'eut aucun succès commercial . King Records engagea des poursuites judiciaires pour empêcher ses artistes sous contrat d'enregistrer des disques pour d'autres compagnies , mais avant que Syd Nathan ait pu obtenir une injonction du tribunal en sa faveur , en Octobre , James Brown avait sorti ce qui devait être sa plus grosse vente à ce jour , et peut-être celle de ses chansons qui eut le plus d'influence sur le monde de la Soul Music , " Out Of Sight " , dont le titre ( " Hors de portée " ) faisait ouvertement référence à sa propre situation . " Out Of Sight " , avec son refrain tranchant comme un slogan , le bégaiement qui animait sa partie de basse , ses cuivres meurtriers et son irrésistible pulsation rythmique , était le prolongement logique du " Think " de 1960 et privilégiait de plus en plus les danses et les mouvements scéniques de James Brown en concert . Ce titre ne se contentait pas de se démarquer des racines Gospel encore perceptibles dans le travail antérieur de James Brown , il laissait également derrière lui quelques-unes des conventions mélodiques les mieux établies de la musique occidentale , tout en une nouvelle fois calqué sur une structure Blues basique . La face B du single , " Maybe The Last Time " ( " Peut-être la dernière fois " ) , peut se lire comme un adieu . C'est , avec " Oh Baby Don't You Weep " , l'une des plus émouvantes incursions de James Brown dans le style Gospel proprement dit , et les Famous Flames y font leur dernière apparition en studio .

    James Brown : Biographie

    James Brown gémit tant et si bien que l'on pourrait croire que c'est vraiment " la dernière fois " , jusqu'à ce que la chanson s'achève en une frénétique apothéose . Il faut que vous écoutiez cette chanson , " Lost Someone " , et " Oh Baby Don't You Weep " , si vous cherchez une péroraison emblématique de tout ce que James Brown et la Soul Sudiste avaient accompli jusqu'alors . Mais retournez le disque , et vous entendrez le futur . Cette Intrusion du futur n'avait cependant pas été sans signes avant-coureurs . Comme tant d'autres révolutions , elle ne se contentait pas d'être annoncée par de vagues murmures et pressentiments ( parfois cris et hurlements ) , mais par une série de propos courageux tenus par son principal architecte plusieurs années auparavant . En 1963 , James Brown avait enregistré deux chansons , l'une lui-même ( " I Don't Care" ) , l'autre interprétée par la chanteuse Yvonne Fair ( " I Found You " ) , qui laissaient présager en grande part cette nouvelle direction artistique et qui devinrent deux des hits qui suivirent immédiatement " Out Of Sight " ( transformés en " Cold Sweat " et " I Got You " ) . Ce qui différenciait principalement les versions retravaillées des originales , et qui devint , dès ce moment , la marque de fabrique de James Brown , c'était le rythme . Dans les prototypes et dans un morceau de 1960 comme " Tell Me What You Gonna Do " ( qui préfigurait également " Cold Sweat " ) , le modèle suivi est de toute évidence le son lisse des big-bands de Louis Jordan , Lucky Millinder , ou Buddy Johnson , un son qui avait bercé James Brown et toute une génération . La vertu première de ces musiciens était le sens de la mélodie et de la douceur , attelé au joug de la conduite rythmique , et bien que James Brown eût depuis longtemps introduit un nouvel élément dans l'équation musicale , en l'occurrence la causticité brute de sa voix , les deux premiers singles et albums sortis sur Smash Records rappellent le style et les chansons de l'époque précédente . Tout cela changea avec " Out Of Sight " . Tous les grognements , gémissements , cris , cliquetis et grincements qui rôdaient jusque-là en arrière-plan , l'approche aventureusement modale de la mélodie ( bientôt il n'y aurait pratiquement plus de changements d'accords dans les chansons de James Brown , et leurs articulations dynamiques dépendraient du seul rythme ) , tout n'était finalement sans que personne ne s'en rende vraiment compte en 1965 , qu'émanations de racines Africaines , déclarations de " Black Pride " ( la fierté d'être Noir ) qui allaient bientôt valoir à James Brown les applaudissements nourris des nationalistes culturels et de l'avant-garde musicale . Le jeune historien noir David Levering Lewis écrira en 1968 que " s'il ce doit y avoir qu'un seul homme pour symboliser les immenses différences entre cultures et valeurs esthétiques blanches et noires , ce ne peut être , aux côtés de Ray Charles , que le Soul Brother n°1 " . Voici , sous la plume du musicologue Robert Palmer , une description plus formelle des transformations qui s'opéraient alors . " Les éléments rythmiques incarnèrent la chanson . Il n'y avait plus que quelques changements d'accords , voire aucun , remplacés qu'ils étaient par de nombreuses astuces rythmiques , des intermèdes et des suspensions . James Brown et ses musiciens se mirent à traiter chaque instrument et chaque voix du groupe comme s'il s'agissait d'un tambour . Les cuivres laissaient éclater des notes seules , souvent dans les temps faibles . Les lignes de basses étaient brisées en petits motifs de deux ou trois notes , procédé courant dans la musique latine depuis les années 40 , mais peu familier au Rhythm 'n' Blues . Le guitariste rythmique de James Brown étouffait avec tant de force ses cordes contre le manche de son instrument qu'il sonnait comme une boîte métallique dentelée que l'on gratterait avec un canif . Ce n'est qu'exceptionnellement que les cuivres , l'orgue ou les choristes se permettaient de fournir un continuum harmonique en tenant un accord " . Le succès de " Out Of Sight " avait peut-être imposé la nouvelle direction artistique de James Brown , mais ne résolvait toujours pas son dilemme commercial . En Octobre , King Records gagna son procès visant à empêcher toute nouvelle sortie d'enregistrements vocaux sur le label Smash Records . Pour la plupart des artistes ( et de leurs managers ) , cela aurait signifié la fin de l'aventure ; une fois tous les recours juridiques épuisés et aucun autre marché possible pour leur produit , quelle alternative au retour sous la coupe de King Records leur restait-il ? James Brown et Ben Bart continuèrent pourtant la lutte . Ils campèrent sur leurs positions et attendirent la réaction du label . A compter de Juillet 1964 et pour une année entière , il n'y eut aucun nouveau disque de l'artiste numéro 1 mondial du Rhythm 'n' Blues mis sur le marché . A la place , King Records essayait désespérément de rééditer d'anciens enregistrements sous de nouvelles pochettes , et James Brown continuait les tournées . Durant cette année , il jouit d'une exposition médiatique nationale grâce au T.A.M.I. Show , un concert télédiffusé dont il ravit la vedette aux Beach Boys , Rolling Stones , Marvin Gaye , Chuck Berry et aux Supremes ; à l'émission télévisée pop Shindig ; au film Ski Party , avec Frankie Avalon et Dwayne Hickman ; et bien entendu aux trois cent trente-cinq nuits qu'il passa cette année-là sur la route . Syd Nathan fut finalement le premier à baisser les bras . Lorsque James Brown signa à nouveau chez King Records au Printemps 1965 , ce fut selon les termes qu'il imposa , et en ayant obtenu à peu près toutes les concessions qu'il demandait : droits de publication , réévaluation massive de ses royalties , obtention d'un minimum de 25.000 disques ( singles comme album ) " à titre gratuit " , de manière à pouvoir les distribuer quand et à qui il l'entendait ; et contrôle permanent et accru de sa direction artistique . En Mai 1965 , il livrait la bande complète de son nouveau single à King Records , prête pour le mastering . Cela faisait un an et demi qu'il n'avait pas mis les pieds au studio King Records à Cincinnati . Le disque s'intitulait " Papa's Got A Brand New Bag " .

    James Brown : Biographie

    " Papa's Got A Brand New Bag " fut le premier hit de la carrière de James Brown à entrer dans le Top 10 ( Septembre 1965 ) . Comme " Out Of Sight " , son texte autant que ses rythmes annonçaient un nouvel âge : il s'ouvrait par un accord cataclysmique joué par les cuivres , et était parcouru ( tout comme " Out Of Sight " ) par une ligne de basse heurtée qui servait de base aux ponctuations rythmiques des cliquetis de la guitare et des riffs des cuivres . " I Got You ( I Feel Good ) " ( Décembre 1965 ) , hit issu du film Ski Party et remake futuriste du " I Found You " de 1962 , comparativement assez guindé , fut pour James Brown un troisième succès consécutif . Le nouveau style d'accompagnement Stutter-Step le tirait vers des sommets encore plus élevés ( pour apprécier pleinement la musique que produisait James Brown à cette époque , il faut l'imaginer en train de danser en rythme sur un pied ) et atteignit la troisième place des charts Pop à l'Automne 1965 . Par la magie de toute cette récente exposition médiatique et de son succès , James Brown devint rapidement un phénomène international . Mick Jagger parla de lui comme du meilleur interprète contemporain , et Bill Wyman , le bassiste des Rolling Stones , ordinairement le plus flegmatique des hommes , déclara : " Il peut danser de la manière la plus incroyable qui soit . Un peu comme Mick Jagger , mais vingt fois plus vite . Vous pouvez réunir Jerry Lee Lewis , Little Richard , Chuck Berry et Bo Diddley d'un côté de la scène : si James Brown est de l'autre côté , personne ne remarquera leur présence ! " . " Ain't That A Groove " , " Money Won't Change You " , " Bring It Up " , " Let Yourself Go " , " Cold Sweat " ( les titres en eux-mêmes [ " Quel Groove ! " , " L'argent Ne Te Changera Pas " , " Fais Monter " , " Laisse-Toi Aller " , " Sueur Froide " ] trahissaient le virage en épingle à cheveux que prenait la musique de James Brown ) , tous ces singles furent de solides hits Pop construits selon le nouveau moule rythmique , et " Cold Sweat " grimpa jusqu'à la septième place des charts à l'été 1967 . Les structures musicales devenaient , chanson après chanson , de plus en plus lâches , chaque morceau se rapprochait un peu plus de la substantifique moelle musicale et émotionnelle , libérait un peu plus de  feeling refoulé et d'énergie crépitante . " Cold Sweat " , écrit Cliff White , " était en rupture totale avec les autres formes de musique populaire " ; au moment où " [ When You Touch Me ] I Can't Stand Myself " et " There Was A Time " furent publiés sur le même hit single à l' Hiver 1967-1968 , le texte ne consistait plus qu'en des associations libres de mots , toute mélodie ayant de son côté pratiquement disparu . Le groupe ( à présent dirigé par Pee Wee Ellis ) s'était agrandi sur scène à deux ( voire trois ) batteurs afin de pouvoir rivaliser avec l'énergie propulsive de son leader , et James Brown poussait sa voix jusqu'à risquer de la casser , ce qu'il fit parfois , au point de devoir , à plusieurs reprises durant cette période abandonner son fameux hurlement pour se contenter d'une succession de cris stridents , de hennissements , de grognements et d'emphatiques " Good God " , tandis que lorsqu'il parlait , sa voix était réduite à un murmure rauque qui ne lui servait pas à grand-chose d'autre qu'à avertir les autres chanteurs des risques des excès vocaux . Il est peut-être difficile d'imaginer le charme de James Brown à partir d'une telle description , mais pas son impact . Joe McEwen raconta un jour ce que c'était de grandir en écoutant James Brown au lieu des Beatles comme les autres enfants : " Ces chansons ne nous donnaient pas envie de nous asseoir et de les analyser , elles étaient des entités qui existaient hors de nous , un Quelque-Chose-Ailleurs qui n'entrait pas dans l'ordre normal des choses . James Brown était la seule réalité " . La journaliste du " Village Voice " , Thulani Davis raconte aussi ce que c'est que grandir , mais cette fois de grandir en étant une jeune fille noire : " Il n'y avait qu'un seul James Brown . A cause de lui , j'aurais voulu être assez grande pour pouvoir entrer à l'Apollo Theatre . C'est à cause de lui que mes vêtements étaient si souvent dans la machine à laver . La preuve qu'on pouvait quitter l'Eglise et être quand même sauvé , de temps en temps . C'est lui qui rendit sexy un mot comme " Ahuri " ( Bewildered ) et qui fit que répéter " S'il Te Pait " ( Please ) était au top de la mode . JB! JB était la preuve que les Noirs étaient différents . On sentait à travers les rythmes et les tonalités que les Noirs devaient venir d'ailleurs . Pour ceux d'entre nous qui ne l'avaient jamais vue , c'était la preuve que l'Afrique existait vraiment , ellese tenait dans cette voix . James Brown était gigantesque , et nous pensions qu'il était là pour toujours , aussi inaccessible que Nixon mais pourtant familier , quelqu'un que l'on pourrait appeler par son prénom . James " . Il devint à la fois un symbole et un leader , pour employer ses propres termes , un " modèle " . Ce statut impliquait ses propres privilèges et ses propres responsabilités . Comme James Brown l'a déclaré dans plusieurs interviews récentes : " Beaucoup de gens ne peuvent tout simplement pas croire que je puisse tomber malade , ou refusent d'accepter le fait que mon corps puisse se fatiguer , comme celui de n'importe qui . Ca m'est arrivé , bien sur , mais il y a tant de monde qui dépendent de moi en termes d'inspiration et de soutien que si je voulais tomber malade ou ralentir la cadence...Je ne peux pas . Je ne peux pas me permettre de ralentir la cadence . Je sais que je suis une idole . Ce n'est pas ainsi que je me vois , mais c'est ainsi que me voit mon public " . A la fin des années 60 , les politiciens recherchaient son soutien , et ses déclarations sur les problèmes de pauvreté et de race étaient fréquemment reprises . " I'm Black And I'm Proud " , qui fut l'hymne des sévères manifestations raciales qui secouèrent les USA cet été 1968 , termina une année très mouvementée pour James Brown .

    James Brown : Biographie

    En 1968 et 1969 , il devint le premier artiste noir à posséder rien moins que trois stations de radio ( dont WRDW à Augusta , devant le siège de laquelle il cirait jadis des chaussures ) , et lorsqu'il changea de coupe de cheveux , abandonnant son fameux brushing pour une coiffure afro , l'événement donna lieu à une avalanche de commentaires éditoriaux , parmi lesquels le texte suivant , publié dans le magazine " Soul " en 1968 : " Depuis des années , le King était un esclave . Esclave de qui , de quoi ? James Brown devait arborer cette coiffure qui lui demandait de douloureuses heures de préparation depuis des temps immémoriaux . Jusqu'au mois dernier . A présent , le King exhibe une coiffure afro . Tout le monde , y compris les Black Panthers  et le SNCC , pense que c'est une bonne chose " . Tout ce qu'il faisait devenait sujet à glose . Après une courte période où il s'était prononcé non seulement en faveur de l'égalité des chances mais de la révolution ( point de vue rapidement corrigé ) , il devint l'image même du Nègre Qui A Réussi , un exemple à suivre en matière d'orgueil , le champion du Capitalisme Noir propriétaire d'une flottille de voitures , d'un jet Lear noir à 713.000 dollars ( " Now I Got A Brand New Jet When I Need To Move / A Soul Brother Made It / Now Ain't That A Groove ? " [ " Maintenant , quand il faut que je bouge , j'ai un jet tout neuf / Un Soul Brother y est parvenu / Plutôt excitant , pas vrai ? " ] ) , et d'un château de style victorien en plein Queens , doté de douves , d'un pont-levis et de la statue d'un Père Noël noir sur la pelouse . Puis , profitant de la promotion qui lui était assurée par la presse et ses apparitions à la télévision , il réduisit considérablement le nombre de ses concerts , à tel point que des bruits coururent selon lesquels il allait se retirer . Au Printemps , il se rendit en Côte-d'Ivoire sur l'invitation du gouvernement local , puis plus tard au Viêt-Nam où à la demande de la Maison-Blanche , il alla jouer pour les GI's ( remplaçant ainsi Otis Redding mort quelques mois auparavant ) . A la suite de l'assassinat du Docteur Martin Luther King , James Brown passa deux fois à la télévision , et s'adressa longuement à la population noire , une fois à Boston , puis à Washington . Ces interventions eurent un profond impact , puisqu'on a dit qu'elles contribuèrent à calmer les esprits déjà très échauffes , et évitèrent de sanglants heurts . Au fil des ans , il sera adoubé Parrain de la Soul ( Godfather Of Soul ) , Premier Ministre Du Funk ( Grand Minister Of Funk ) , et Ministre Du Tout Nouveau Funk Super Puissant ( Minister Of The New New Super Heavy Funk ) . Il continuera à aligner les hits tout au long des années 70 ; après s'être levé aux côtés d'Hubert Humphrey au cours de sa Guerre contre la Pauvreté ( War on Poverty est le nom donné à une série de mesures économiques décidées par le président des Etats-Unis Lyndon B. Johnson à partir de 1964 pour lutter contre la pauvreté endémique dans le pays . Hubert Humphrey , sénateur démocrate , fut le vice-président de Lyndon B. Johnson entre 1965 et 1969 ) , il allait soutenir successivement Richard Nixon puis Ronald Reagan ; comme Mohammed Ali , il allait se retirer ouis revenir sur le ring ; il allait voir son empire commercial s'effondrer et ses investissements tourner au vinaigre ; aux yeux de certains , il allait devenir une triste parodie de lui-même . Lorsque son principal adversaire et aiguillon créatif , Syd Nathan , disparut en Mars 1968 , il acheta son bureau en marbre et y fit ajouter une plaque en or sur laquelle on pouvait lire : " I remember the man Syd Nathan " ( " Je me souviens de Syd Nathan " ) . A la mort de son partenaire , Ben Bart , cinq mois plus tard , il ne fut jamais capable de trouver un autre homme de confiance de sa trempe , et il s'ensuivit une carrière pénalisée par une série de mouvements erratiques et d'occasions manquées . James Brown survécut . Sa musique et sa personnalité ont continué à le pousser en avant et l'ont aidé à s'en sortir . Les groupes qui l'accompagnaient à la fin des années 60 et au début des années 70 étaient aussi dynamiques et explosifs que les précédents , et mettaient en valeur des architectes du Funk de l'envergure de Maceo Parker ( " Maceo ! " , s'écriait simplement James Brown lorsqu'il lui commandait un solo sur scène ) , Fred Wesley et Bootsy Collins , le complice de George Clinton . L'année 1969 devait être une des plus fructueuses de sa carrière . La discipline qu'il faisait régner au sein de son orchestre fut la cause de nombreux changements de personnel . Mais les incessantes modifications ne bouleversèrent jamais l'équilibre et le professionnalisme de l'orchestre qui , à chaque changement , paraissait encore plus percutant . James Brown fut une nouvelle fois élu meilleur chanteur de Rhythm 'n' Blues par le Cashbox et les disques qu'il enregistra de 1969 à 1971 restent parmi les plus puissants de sa carrière . Tout d'abord les derniers avec son fameux orchestre des années soixante : " Mother Popcorn " , " Give It Up Or Turn It A Loose " , " I Don't Want Nobody To Give Me Nothing " en 1969 et " Let A Man Come In " et " It's A New Day " en 1970 . Puis les derniers enregistrements pour King Records en 1970 et 1971 avec une nouvelle formation composée de jeunes musiciens ( cités un peu plus haut ) : " Get Up I Feel Like Being A Sex Machine " , " Superbad " , " Talking Loud And Sayin' Nothing " , " Get Up , Get Into It And Get Involved " , " Soul Power " et " Hot Pants " . Après cela , n'ayant pas oublié les avantages qu'il avait tirés de son passage chez Smash Records , James Brown quitta définitivement King Records , et signa avec la International Polydor Corporation , avec qui il est assuré d'une liberté totale , en même temps que d'une distribution dans le monde entier . Aptes son arrivée chez Polydor Records , accompagné par les JB's , puis les New JB's , James Brown continua de sortir tube après tube : " Make It Funky " , " I'm A Greedy Man " , " There It Is " , " Get On The Good Foot " , " Papa Don't Take No Mess " , etc etc .

    James Brown : Biographie

    The JB's
    James Brown réussit le prodige d'avoir au moins un titre dans le hit-parade Rhythm 'n' Blues à longueur d'année . Dès qu'un disque commence à descendre au classement , un nouveau est mis en vente , et ainsi de suite . Jusqu'en 1975 James Brown demeure très populaire . Connaissant une certaine baisse de popularité avec l'arrivée du Disco , il fait sien le slogan " The Original Disco Man " . Ce qu'il est effectivement . La musique conserva son pouvoir moteur , et même après son retour aux affaires en 1980 , à la suite d'un court exil qu'il s'était lui-même imposé , James Brown sut toujours réunir des groupes de bonne facture ( l'orchestre de James Brown fut pour les musiciens de Soul Music un terrain d'entraînement comparable à ceux de Miles Davis pour les Jazzmen et de Muddy Waters pour les Bluesmen ) . Il retrouva même une partie de son ancienne popularité dans les années 80 , même si ce fut alors parmi un public presque exclusivement blanc , et grâce à l'exposition médiatique que lui offraient des films comme The Blues Brothers . Ce retour en grâce a aussi ses côtés pathétiques : l'artiste se perd parfois dans l'illusion de sa grandeur , et des déclarations auto-satisfaites sur sa condition de Selfmade Man prennent fréquemment le pas sur les engagements politiques . ( " S'il n'y avait pas de Blancs dans votre business , ça ne marcherait jamais " , dit James Brown . " C'est folie pour un homme d'un tel talent de s'abaisser à ce niveau de connerie " , commente son camarade chanteur de Soul Music Jerry Butler ) . " Dans tout ce que je fais , il faut que je m'engage à 5.000% " , ressasse James Brown dans ses interviews . " Je le dois " . Des musiciens et des orchestres l'ont abandonné , lassés de son comportement et de ses manières autoritaires , mais James Brown n'a que rarement montré des signes d'hésitation en public ( Cliff White parle de l'attitude qu'il adopte en public comme d'un " bouclier métallique qui écarte impitoyablement tout mépris , tout préjugé , et aussi tout adversaire potentiel " ) . Le masque tombe pourtant à deux reprises : une fois , nous l'avons dit , à la mort de Syd Nathan , et une autre lorsque son fils , Teddy , fut tué dans un accident de voiture à l'âge de dix-neuf ans . Son associé de longue date Henry Stallings raconta à l'écrivain Gerri Hirshey qu'ils " avaient fait venir M. Brown pour qu'il s'entretienne de choses et d'autres avec le prêtre , mais tout d'un coup , il s'est précipité dehors . Mais je vais vous dire : le lendemain , il était à nouveau au boulot . Je parle toujours de lui comme d'un militaire , quelqu'un qui ne doit montrer aucune faiblesse . Je sais que c'est un être humain , et qu'il ressent des choses , mais il ne le laisse jamais transparaître " . Comme l'a écrit Cliff White , " C'est précisément l'égocentrisme sans faille de cet homme qui donne à sa musique ce goût unique . S'il subsiste des imperfections , qui en pâtit ? Peut-être uniquement James Brown lui-même , contraint à l'isolement par une omnipotence qu'il a lui-même façonnée ? " Vous savez , médite t-il , hésitant , j'aimerais être ... euh... n'être ni aussi dynamique , ni aussi légendaire... une star... avoir tant de choses . Je pense que j'aimerais juste avoir un peu moins de chance " . Il ajoute rapidement , avec un sourire presque embarrassé sur ses lèvres : " Ca sonne faux , non ? " . Même si à cinquante ans il doit aborder certaines routines particulièrement athlétiques avec plus de prudence , il fait toujours preuve de la même vitalité sur scène . En ce qui concerne son travail en studio , James Brown est toujours aussi productif avec plus ou moins de réussite mais ses titres les plus médiocres sont noyés dans le flot incessant de nouveautés qu'il projette sur le marché . James Brown accorde beaucoup de son temps et de son argent à des œuvres sociales . Il aide les moins fortunés , en particulier dans les communautés noires , mais également dans les endroits où vivent des Blancs particulièrement déshérités . Il donne des concerts pour les jeunes , leur parle des dangers de la drogue , de la délinquance juvénile , et les encourage à poursuivre leurs études , ainsi qu'il le déclarait : " Je leur dis d'étudier le plus possible . Je sais de par mon expérience que l'éducation est la chose la plus importante si vous voulez réussir dans ce monde . Et quand je parle aux gosses , je ne les regarde pas de haut . Je viens du ghetto , et j'ai toujours ma boite de cireur à la main " . James Brown endetté voit sa compagnie s'écrouler . En découle une pratique très nette pour gagner le plus d'argent possible : il lui arrive par exemple de faire augmenter son cachet , par chantage , avant de monter sur scène alors que le public le réclame dans la salle . " Il ne faut pas oublier que dans ma jeunesse , explique t-il , j'ai cueilli du coton , ciré des chaussures , et que je suis toujours actif . J'ai travaillé dur pour atteindre le sommet de l'échelle sociale . Je me suis rendu compte que j'avais atteint ce sommet le jour où j'ai pu m'offrir un repas décent , une paire de chaussures décentes , et je remercie Dieu pour toute son aide . En 1985 , on le voit et entend interpréter " Living In America " dans le film " Rocky IV " à la demande de Sylvester Stallone . N° 4 au hot 100 , c'est son plus grand succès depuis les années 60 et c'est avec ce titre qu'il débute le show qu'il donne au Printemps 1986 pour son grand retour à Becry ( France ) . Moins de deux ans plus tard , James Brown fait de nouveau la une de l'actualité , mais cette fois parce qu'il est accusé de tentative de meurtre contre son actuelle ( et troisième ) épouse , Adrienne Brown . Cette dernière affirme que le parrain de la Soul Music a tiré à trois reprises sur leur voiture alors qu'elle s'y était réfugiée après avoir été battue avec un tuyau . Interrogé par la police , James Brown nie tout en bloc : " Je ne l'ai jamais touchée... Je peux vous dire que c'est fini entre nous maintenant . Elle ne reviendra pas chez moi... " . Quelques jours passent . James Brown est de nouveau arrêté , cette fois pour avoir agressé un officier de police qui voulait procéder à son interpellation , et pour détention illégale d'un revolver . Puis reconnu non coupable d'une tentative d'homicide sur sa femme , en Décembre , il est ensuite condamné à six ans de prison ferme par le tribunal d'Aiken , en Caroline du Sud , pour tentative d'agression contre deux policiers . Ces derniers affirment qu'il a tenté de les écraser après une longue et spectaculaire poursuite . Début 1989 , selon les statistiques établies par Joel Whitburn dans son livre " Top R&B Singles 1942-1988 " , James Brown est le roi incontesté du hit-parade de la musique noire Américaine . Avec un total de cent quatorze titres placés durant cette période dans les classements black du " Billboard " , il devance dans l'ordre : Aretha Franklin , Ray Charles , The Temptations , Louis Jordan , Stevie Wonder, Marvin Gaye , B.B. King , Fats Domino , et Gladys Knight & The Pips . Michael Jackson et Diana Ross n'apparaissent pas dans ce " Top 10 " , établi non pas d'après les ventes constatées mais en fonction du nombre de disques classés , des semaines de présence dans les hits et des positions obtenues par les disques de chaque artiste . Le 27 Février 1991 , James Brown , qui purgeait sa peine dans une prison de Caroline du Sud , est remis en liberté conditionnelle , compte tenu de son âge . Mais celui auquel doivent tant Michael Jackson , Prince , Public Enemy , le Funk et le Rap , devra se tenir à carreaux sous peine de retourner derrière les barreaux . Le 10 Juin , il donne son premier concert depuis sa condamnation , à Los Angeles . Au cours de ce concert télévisé de trois heures , il est rejoint par le rapper M. C. Hammer . Moins d'un mois plus tard , les Parisiens l'acclament à Issy-Les-Moulineaux , alors qu'il est la grande star du Winston Legend Festival .

    James Brown : Biographie

    En Mars , James Brown dont le soixante-dix-neuvième album a pour titre " Universal James " , de passage à Paris , déclare à propos de son incarcération passée : " J'ai été victime . La condamnation était disproportionnée par rapport à la faute commise " . Et d'ajouter à propos de sa musique : " Elle vous fait toujours bouger , elle est Funky " , éclate t-il de rire avant de feuilleter , sur la scène du Zénith les pages de sa légende . Et plus que légendaire , il l'est . Ainsi dans une station de ski du Colorado on a rebaptisé un pont du nom du créateur de " Sex Machine " . Aux alentours , on vend des T-shirts , de la bière et du café James Brown . James Brown sera l'artiste le plus pillé , le plus " Samplé " ( " Get On Up " de " Sex Machine " par exemple ) par la génération Rap : " Ca me fait plaisir , tous ces hommages , mais ce qui est dur c'est que je n'en touche pas les droits d'auteur " . En 1991 toujours , paraît " Love Overdue " , puis en 1998 c'est au tour de " I'm Back " . Après une vie d'excès en tous genres , James Brown apprend qu'il est atteint d'un cancer de la prostate à la fin de l'année 2004 . Il enregistre un ultime album intitulé " The Next Step " le 27 aout 2002 avant de décéder le 25 Décembre 2006 à l'âge de 73 ans à Atlanta où il avait été admis à l'hôpital le samedi soir pour une pneumonie . Il a enregistré plus de 75 albums , vendus à des millions d'exemplaires dans le monde , depuis le succès de " Please , Please , Please " . 

    James Brown : Biographie

       Epilogue

    Cette biographie terminée , la prochaine étape consiste donc l'énorme discographie de James Brown . Je la veux la plus complète , aussi non content de poster les singles et les albums de James Brown , je posterai aussi ceux des ami(e)s qui interprètent ses chansons , les duos qu'il a effectué , les artistes qu'il à produit ainsi que ceux où il participe en tant que auteur - compositeur - arrangeur - musicien ( piano , batterie et orgue ) ; bref tout ce qui touche James Brown de près ou de loin , et je pense notamment à : Bea Ford , Sugar Pie DeSanto , Yvonne Fair , Tammy Montgomery ( Tammi Terrell ) , Anna King , Elsie Mae " T.V. Mama " , The Jewels , Vicki Anderson , Marva Whitney , Kay Robinson , Shirley Jean & The Relations , Lyn Collins , Martha High , Bobby Byrd , The JB's , Maceo Parker ( And The Macks ) , Fred Wesley & The JB's ( The New JB's ) , The Flames , Sweet Charles , Lee Austin , Sly , Slick & Wicked , Hank Ballard & The Midnight Lighters , The Sons Of Funk , The Dee Felice Trio , The Soul Believers With The Dapps , The Last Word , The Believers , The Devils , The Dapps , The Hustlers , The First Family , A.A.B.B. , Johnny Scotton , sans oublier également The Wobblers , Herb Hardesty , Henry Moore , Hank Marr , Clifford Scott , Baby Lloyd et James Crawford et le tout le plus chronologiquement possible . Il vous faudra juste un peu ( beaucoup ) de patience lol .                
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  • James Brown With The Famous Flames : Singles SP Federal Records 45-12258 [ US ]

    A ) Please , Please , Please 2'47

    James Brown With The Famous Flames : Singles SP Federal Records 45-12258 [ US ]

    B ) Why Do You Do Me 3'01

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  • 1956 James Brown With The Famous Flames Federal Records 45-12264 [ US ]

    A ) I Don't Know 2'51

    1956 James Brown With The Famous Flames Federal Records 45-12264 [ US ]

    B ) I Feel That Old Feeling Coming On 2'34

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  • 1956 James Brown Federal Records 45-12277 [ US ]

    A ) No, No, No, No 2'14

    1956 James Brown With The Famous Flames Federal Records 45-12277 [ US ]

    B ) Hold My Baby's Hand 2'15

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  • 1956 James Brown With The Famous Flames Federal Records 45-12289 [ US ]

    A ) Just Won't Do Right 2'35

    B ) Let's Make It 2'28

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